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Le rôle majeur des femmes pour la prévention des déchets

Manifestantes à la marche pour le climat du 26 mars 2021 (crédit photo : la Voix du Nord)
Rédigé le 31/03/2021 par : MESLARD-HAYOT Hugo
Actualisé le 07/04/2021 par : MESLARD-HAYOT Hugo
En France, les femmes représentent 51,7 % de la population en 2020 (Zadig, 2021). Dans les domaines de la prévention des déchets analysés ici, c’est bien plus. Sans leur présence, le mouvement zéro déchet n’aurait pas peut-être pas éclos si vite si fort.

Une présence majeure dans le mouvement Zero Waste

Après avoir pris contact avec les dix groupes locaux des dix villes les plus peuplées de France, neuf réponses sont parvenues en février et mars 2021. Seule Zero Waste Nantes n’a pas répondu. Et le constat est là, la présence des femmes est largement majoritaire. Que l’association soit gérée collégialement (Bordeaux, Nice, Toulouse, Montpellier) ou non, les membres du Conseil d’Administration ou les représentants du collège sont systématiquement à plus de deux tiers composés de femmes.

Le pourcentage le plus bas est de 73 % de membres féminines pour le Conseil d’Administration de Zéro Déchet Lyon. Le pourcentage le plus haut est de 100 % pour Zéro Déchet Nice, dont le collège associatif, est composé de 7 femmes, et également pour Zéro Waste Lille où le conseil d’administration dénombre six femmes. Les six autres villes ayant répondues 1 ont une direction collégiale ou administrative formé par 78 à 88 % de femmes. Ce résultat n'est pas l'apanage de la métropole, en Nouvelle-Calédonie et en Martinique, les femmes sont majoritaires dans tous les domaines aussi.
Plusieurs associations ont fait part spontanément de l'importante présence des femmes parmi les bénévoles et adhérents, près de 80 % de femmes pour plusieurs associations (Lyon, Bordeaux, Toulouse, Montpellier, Paris, 90 % de femmes bénévoles pour Nice).

Concernant la présidence, sur les quatre associations en ayant une, elles sont toutes assurées par des femmes.

Une partie de l'équipe de Zero Waste France en 2019 (Crédit : Zero Waste France)

Au sein de Zero Waste France, l’association nationale incarnant la prévention des déchets, 80 % de l’équipe permanente salariée est composée de femmes. La directrice de l’association est Juliette FRANQUET, auparavant Flore BERLINGEN la dirigeait.

Aussi selon Cécile Désaunay, directrice d’études chez futuribles, « 90 % des membres de la communauté Facebook de l’initiative « Défi rien de neuf » lancée par l’association Zero Waste France sont des femmes. » (Usbek et Rica, 2021). L’étude de janvier 2021 de l’Obsoco sur la consommation responsable note également cette tendance plus forte de l’occasion chez les femmes.

Le réseau des groupes locaux zéro déchet et Zero Waste France n’ont pas l’apanage de cette surreprésentation féminine.

Une présence majoritaire dans d'autres structures

Sur l’annuaire des membres du réseau A3P tenu par l’Ademe (Sinoe, 2021), l’analyse de la civilité de près de 15 % de l’annuaire donne un fait statistique supplémentaire 2, 69 % des 110 personnes recensées sont des femmes, soit 76 femmes pour 34 hommes. Cette donnée atteste une fois de plus de la place majeure occupée par les femmes dans la prévention des déchets. Cette fois-ci dans un cadre institutionnel celui des collectivités territoriales, des syndicats, des départements, etc.

Dans son étude 3 sur les commerces spécialisés en vrac, l’association Réseau Vrac révèle que 80 % des épiceries sont gérées par des commerçantes.

Célia RENNESSON, cofondatrice de l'association Réseau Vrac (crédit photo : Réseau Vrac)

En matière de déchets sauvages, les femmes jettent moins de déchets n'importe où que les hommes, c'est le résultat d'une étude tirée du livre de Gabriel MOSER cité plus loin.

En revanche, le témoignage du Réseau National des Ressourceries vient contrecarrer les précédentes statistiques. Au sein de ce réseau agissant pour la prévention des déchets, « 43% des Ressourceries sont gérées par des femmes » 4 affirme Vincent JOUANNEAU, chargé de mission au sein du réseau. Quant aux biodéchets, une enquête de l’Ademe sur la gestion domestique des biodéchets fait ressortir également que les hommes font partie des « profils » qui compostent le plus, et les femmes sont majoritaires parmi les profils qui ne compostent rien (Ademe, 2020).

Les femmes plus actives en matière d'écologie

Une compilation de recherche allant de 1977 à 1990 issue d’un ouvrage d’un psychologue environnemental concluait sur des résultats contradictoires sur le lien entre le genre et l’intérêt pour l’environnement (MOSER, 2009). L’auteur indique que « les hommes ont plus de connaissances que les femmes, mais les femmes se montrent plus concernées par les problèmes environnementaux. » En bref, elles agissent plus que les hommes.

Plusieurs études récentes confirment la seconde partie de la citation, les femmes agissent toujours plus que les hommes sur ce sujet. Cécile Désaunay, de futuribles le dit ainsi : « On constate en effet une préoccupation plus forte des femmes concernant l’impact environnemental et sanitaire de leur consommation. Au-delà du chiffre que vous citez, tous les indicateurs et les études confirment cette surreprésentation des femmes parmi les personnes revendiquant une consommation plus « responsable ». Les femmes cumulent donc de plus en plus la « charge mentale » du foyer avec une charge « écologique », consistant à en réduire l’impact environnemental. ». Une partie de la charge mentale est liée aux tâches domestiques par exemple. Les femmes consacrent 183 minutes par jour aux tâches domestiques contre 105 pour les hommes selon le N°9 du magazine Zadig. La « charge écologique » peut se combiner avec celle des tâches domestiques lorsque la maison est nettoyée avec des produits faits soi-même (DIY 5) par exemple. La simplicité, le temps gagné des produits DIY sont des leviers d’émancipation, la plus grande participation des hommes une nécessité égalitaire.

« Les femmes se révèlent nettement plus engagées dans la transition vers une consommation responsable que les hommes » (Obsoco, 2021). Voilà une autre assertion d’une société d’études qui confirme leur plus grand engagement.

Les femmes rejettent plus le gaspillage non alimentaire que les hommes, c’est que ce que prouve une étude de l’Ademe  « les profils anti-gaspi étant le plus souvent des femmes » (Ademe, 2020). Une autre étude de l’Ademe va plus loin : « les femmes manifestent une plus grande intention que les hommes de réduire leur consommation d’eau et de carburant et d’augmenter leurs achats en vrac et d’occasion alors que les hommes déclarent, quant-à-eux, une plus grande intention de donner et vendre leurs objets inutilisés." Ces affirmations se recoupent avec le constat fait par Valérie GUILLARD, professeure d’université spécialisée sur les pratiques de consommation de seconde main et sur le gaspillage. Dans son livre Boulimie d’objets elle écrit que les femmes gardent plus d’objets que les hommes, qui eux ont plus tendance à jeter, à se débarrasser (Guillard, 2014).

Peut-être faut-il y voir dans ces engagements, une nouvelle manière de s’engager pour le bien d’autrui ? en effet, les femmes sont surreprésentées dans les métiers du care 6 Ces métiers se caractérisent par le soin porté aux autres personnes. Une tribune de 2020 publiée en ligne dans le journal Le Monde met l’accent sur cela. Elle met en exergue le fait que 87 % des emplois d’infirmières sont occupés par des femmes, 91 % chez les aides-soignantes et 97 % chez les aides à domicile par exemple (Le Monde, 2020).
L’engagement pour un monde avec moins de déchets n’est sûrement pas déterminé biologiquement. Cela relève plutôt des valeurs 7 portées par la personne, en l’occurrence ici, l’altruisme, l’attention portée à autrui, humains et/ou non humains. Ghozlane FLEURY (Fleury-Bahi, 2010), professeure de psychologie sociale et environnementale, ainsi que Gabriel MOSER (idem, MOSER) ont démontré les liens entre les valeurs altruistes et les comportement pro-environnementaux.

Bien évidemment, d’autres facteurs influent sur l’adoption de comportements pro-environnementaux comme le démontre le rapport Transphères (les motivations, les normes sociales, la conscience du problème…). Aussi, en dehors des considérations de la psychologie sociale et environnementale, d’autres variables auraient pu être analysées. Des variables sociodémographiques comme l’âge, la catégorie socio-professionnelle, le lieu d’habitation, le statut du résident (locataire/propriétaire) auraient pu être auscultées.

L’engagement en faveur de la prévention des déchets n’est pas monocausal, il n’est pas seulement une affaire biologique. Les raisons relèvent plutôt de la psychologie, de la psychologie sociale ou environnementale, mais également de l'éducation, de la culture, de la présence de solutions. Néanmoins, la présence des hommes est faible. Les hommes généralement sortent les poubelles, mais ils les diminuent peu.

Sources :

Ademe, 2020. Enquête gestion domestique des déchets organiques.

Ademe, 2019. LEPDIR-GAGA. L’étude des pratiques, discours et représentations relatifs au gaspillage et au gâchis, rapport de recherche.

Ademe, 2020. Valorisation de recherches en sciences sociales « gaspillage non alimentaire ».

GUILLARD V., 2014. Boulimie d’objets : l’être et l’avoir dans nos sociétés. Editions De Boeck, 214p.

Delphine Labbouz, Gaëtan Brisepierre, Laurent Auzoult, Cédric Borel, 2020, Rapport du projet de recherche Transphères : transferts de pratiques environnementales entre les sphères professionnelles et personnelles, 152pages.

FLEURY-BAHI G., 2010. Psychologie et environnement. Editions De Boeck Supérieure, 119p.

Le Monde, 2020. Coronavirus : il faut « revaloriser les emplois et carrières à prédominance féminine »

Obsoco & Citeo, 2021. Observatoire de la consommation responsable. Analyse détaillée.

Réseau Vrac, 2020. Commerces spécialisés vrac – synthèse.

Sinoe, 2021. Annuaire du des correspondants A3P.

Usbek & Rica, 2021. Plus aucun poste de consommation n’augmente durablement en France.

Zadig, 2021. N°9 Femmes : une révolution française. Les éditions zadig, 188p.

  1. Bordeaux, Montpellier, Toulouse, Paris, pays de Rennes, Marseille.[]
  2. 110 personnes recensées sur 762 contacts au total. L’annuaire n’est pas toujours à jour.[]
  3. Cette étude concerne la France métropolitaire et les commerces spécialisés vrac, fixes et ambulants, proposant au moins 40% de leur offre de produits en vrac hors fruits et légumes et ayant clôturé au moins un premier exercice comptable.[]
  4. Ce calcul comprend les postes de directrices, coordinatrices, responsables de structures, etc. Ainsi, certaines coordinatrices de Ressourcerie peuvent être parfois sous la responsabilité d'un supérieur hiérarchique (homme ou femme) précise Vincent JOUANNEAU.[]
  5. Do It Yourself[]
  6. « Le care, parfois traduit par « sollicitude » désigne « l’ensemble des gestes et des paroles essentiels visant le maintien de la vie et de la dignité des personnes, bien au-delà des seuls soins de santé » (idem Zadig).[]
  7. "Les valeurs : elles représentent un système organisateur de l’ensemble des cognitions, qui guide la façon de penser." (Labbouz et al., 2020. Rapport du projet Transphères).[]
Nota bene : cet article a été publié à une date qui correspondait peut-être à l’époque à un contexte différent de celui d’aujourd’hui. Les informations qu'il vous propose ne sont peut-être plus à jour. En cas d’erreurs ou d’inexactitudes, merci d’aider à les corriger en me communiquant vos remarques et commentaires.
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commentaires

2 comments on “Le rôle majeur des femmes pour la prévention des déchets”

  1. Je vous fais part de deux remarques qui me viennent à l'esprit, suite à la lecture de votre article.
    J'ai été surprise de voir à quel point les instances ZD étaient féminisées.
    Ce qui ne m'étonne pas en revanche, c'est le lien qui est évoqué entre l'engagement des femmes dans l'écologie et leur engagement dans le "care". Prendre soin de la planète, prendre soin des autres, renvoient à mon avis à l'évidence aux mêmes valeurs.
    Merci de votre recherche.

  2. Bonsoir Martine,

    Merci pour vos remarques, effectivement, l'altruisme est une valeur clé sur ces engagements.

    A bientôt.

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